LE POLAR ET NOUS.

 

 

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Rien n'est étranger au monde du polar: la Grande Guerre, les autres et leurs abominations, les ténébreux secrets de famille, l'abyssal labyrinthe de la folie polymorphe, la tragédie des migrants, les milieux interlopes du sport et du pouvoir, les mesquineries et passions ordinaires, les rancoeurs ancestrales et les mythes millénaires, la haine et l'amour bien entendu, les monstres chauds et les monstres froids, le rapport enthousiaste ou sordide à la mort, les trafics en tout genre de la chair et de l'esprit etc.. Voilà pourquoi le monde du polar est profondément humain.

Rien n'est étranger au style du polar: la gouaille et l'académisme, l'angoisse et l'ironie, la structuration et la fulgurance, la sécheresse et l'élan, la période et les balbutiements, la poésie diffuse ou affichée, le pamphlet et l'aphorisme, l'hyperréalisme et la rêverie etc.. Voilà pourquoi le style du polar est profondément humain.

Voilà pourquoi rien d'humain n'est étranger au polar. Voilà pourquoi chaque polar est un universel singulier ou un singulier universel -comme l'on voudra- où l'auteur et ses lecteurs se mirent dans des facettes insoupçonnées de l'un et des autres, surtout dans les époques troubles où le problème du rapport à la vie et à la mort, à leur sens, à leurs enjeux, se pose avec une cruelle acuité.

Ainsi, le polar actualise-t-il l'antique antienne de Térence pour qui rien d'humain n'était étranger. Qui oserait alors prétendre que le polar est un sous-genre littéraire? Qui? Sans doute ceux qui préfèrent n'en point lire, n'en point parcourir les intrigues et les enquêtes, n'en point mesurer les audaces et les vérités, de peur de s'y reconnaître... Sans doute  ceux qu'emprisonnent les préjugés en les entravant de dérisoires certitudes...

Finalement et d'une certaine façon, lire un polar c'est explorer sa propre part d'humanité.

Jean-Pierre BOCQUET